Le 19 octobre 2026, la presse économique régionale confirme la levée de fonds de 1,8 M€ réalisée par Fibraterre pour passer à l’industrialisation de ses panneaux isolants en paille de blé, fabriqués à Oissel (Seine-Maritime). Ce tour de table, annoncé le 4 septembre 2026 par les investisseurs (UTC Alumni & Side Angels) et relayé par d’autres sources professionnelles, associe Normandie Participations et Bpifrance. L’objectif : déployer une première unité industrielle, structurer un réseau d’intégrateurs et accélérer l’adoption de solutions biosourcées bas carbone en rénovation et en neuf.
Un isolant 100 % paille pour l’enveloppe, pensé pour l’industrialisation
Fibraterre conçoit des panneaux isolants bas carbone à partir de paille de blé, ressource agricole locale et abondante. Le procédé s’appuie sur le tissage/maintien de la paille puis une compression à froid pour obtenir des panneaux découpables et posables avec les méthodes actuelles de chantier. D’après les informations publiées par l’entreprise et ses partenaires financiers, ces panneaux sont compatibles avec l’ossature bois et visent une mise en œuvre simplifiée en ITE (isolation thermique par l’extérieur). Le produit ne recourt pas à des colles ou résines synthétiques, et cible une faible empreinte carbone tout en gardant des cycles d’approvisionnement courts en Normandie.
Sur le plan technique et normatif, la filière paille dispose déjà de Règles professionnelles acceptées par la C2P (technique courante) pour l’usage en bottes en remplissage isolant et support d’enduit. Pour des panneaux industrialisés, une démarche d’évaluation technique est engagée avec l’appui du Cerema et d’UniLaSalle dans le cadre du projet FIB financé par la Région Normandie et l’Union européenne (Fonds pour une transition juste). Cette feuille de route vise notamment une ATEx du CSTB afin de sécuriser l’assurabilité et l’accès aux marchés courants.
Une levée de fonds fléchée vers l’outil industriel et la montée en capacité
Le tour de table de 1,8 M€, mené par UTC Alumni & Side Angels, avec la participation de Normandie Participations et Bpifrance, finance l’industrialisation de la production à Oissel et la structuration du go-to-market. Selon les objectifs rendus publics en 2025–2026, Fibraterre vise une capacité initiale de 5 000 m² de panneaux fin 2026, un passage à 10 000 m²/an à terme, et la valorisation de 3 000 t/an de paille à l’horizon 2030 sur son premier site. La stratégie prévoit également la création d’un réseau d’intégrateurs partenaires en deux ans pour garantir l’exécution chantier et l’accompagnement local des maîtres d’ouvrage.
Contexte réglementaire: RE2020, extension 2026 et Décret Tertiaire
RE2020 et indicateurs carbone
La RE2020 s’applique aux logements neufs depuis le 1er janvier 2022 et aux bureaux/enseignement depuis le 1er juillet 2022. Par le décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026, elle est étendue à compter du 1er mai 2026 à de nouvelles catégories (bâtiments d’activités tertiaires spécifiques, usages industriels et artisanaux). Les seuils ICconstruction se durcissent progressivement (jalons 2025, 2028, 2031), ce qui favorise l’emploi de matériaux biosourcés pour tenir les budgets carbone. La conformité ACV exige des FDES vérifiées publiées sur la base INIES ; à défaut, des données par défaut pénalisantes s’appliquent. La base INIES recense déjà plusieurs FDES relatives à la paille (dont bottes ou paille conditionnée en atelier), et poursuit une forte dynamique en 2026 avec la création de l’association INIES pour renforcer la gouvernance de la base.
Décret Tertiaire (Éco Énergie Tertiaire)
Le Décret Tertiaire (décret n° 2019‑771 du 23 juillet 2019) impose aux bâtiments tertiaires ≥ 1 000 m² une réduction des consommations d’énergie finale de –40 % en 2030, –50 % en 2040 et –60 % en 2050 (ou atteinte d’une valeur absolue par catégorie). Il s’accompagne d’un reporting annuel sur la plateforme OPERAT. Dans ce cadre, le renforçement de l’isolation de l’enveloppe et l’intégration de matériaux faiblement émissifs comme la paille contribuent aux trajectoires de réduction.
Pourquoi la paille intéresse la réhabilitation en 2026
- Disponibilité nationale : la paille est un coproduit agricole abondant en France ; des travaux parlementaires rappellent qu’un déploiement très large en neuf n’utiliserait qu’une fraction de la ressource produite. L’adossement de Fibraterre à des agriculteurs normands sécurise l’approvisionnement court.
- Bas carbone et circularité : stock de carbone biogénique, filières locales, fin de vie maîtrisable. Les FDES « paille » disponibles sur INIES permettent d’intégrer correctement ces bénéfices dans les ACV RE2020.
- Mise en œuvre industrialisable : le format panneau facilite la pose rapide en ossature bois et ouvre des perspectives en ITE sur logements collectifs et équipements, avec un réseau d’intégrateurs en cours de structuration.
- Assurabilité en progrès : la technique paille « bottes » est en technique courante (C2P). Pour les panneaux, une ATEx est préparée avec l’appui du Cerema, étape clé pour massifier.
Cas d’usage en réhabilitation lourde et en site occupé
Logements collectifs (bailleurs sociaux)
Pour une réhabilitation énergétique de logements collectifs, le panneau paille peut se positionner en isolation par l’extérieur sur façades légères (systèmes bois) ou en remplissage d’ossatures secondaires. Les bénéfices majeurs en site occupé sont la rapidité de pose et la réduction des nuisances (découpe propre, faible poussière hors finitions). Les bailleurs disposent de guides et d’exemples de chantiers paille et peuvent viser des labels de rénovation (BBC Rénovation – référentiel 2024) avec un dossier ACV bien instruit (FDES et PEP à jour).
Tertiaire public/privé et application Décret Tertiaire
Sur des bâtiments administratifs, écoles, équipements sportifs ou bâtiments médico-sociaux, la paille contribue au plan d’actions Éco Énergie Tertiaire (isolation, régulation, CVC, GTB). L’enjeu est double : atteindre les jalons 2030/2040/2050 et sécuriser les attestations (justificatifs d’actions) avec une enveloppe performante et décarbonée.
Transformation d’usage, surélévation et extensions
En transformation de bureaux en logements, la réduction de l’ICconstruction devient décisive en 2026–2031 ; un isolant paille améliore le bilan matériaux, surtout en association avec des structures bois et des finitions bas carbone. Pour des surélévations ou extensions soumises à la RE2020 (selon surface et date de dépôt), l’isolant paille apporte un gain de masse carbone et limite les charges sur l’existant quand il est intégré dans des systèmes légers.
Itinéraire projet recommandé (programmation → exploitation)
1) Programmation
- Objectifs réglementaires : cadrer les cibles RE2020 (si concerné), Décret Tertiaire, et éventuellement labels BBC Rénovation 2024 (résidentiel) avec le bureau d’études.
- Analyse gisements : qualifier les façades/combles/points singuliers, contraintes feu/acoustique/hygro, et calendrier en site occupé.
- Assurabilité : anticiper l’évaluation technique (ATEx/Avis Technique) requise pour le panneau visé, valider les règles de l’art applicables et interroger l’assureur.
2) Conception
- ACV/FDES : exiger des FDES INIES adaptées au produit utilisé (ou, à défaut, documenter l’impact des valeurs par défaut sur le respect des seuils RE2020). Vérifier l’aptitude à l’emploi (feu, eau, durabilité, acoustique).
- Modélisation thermique : dimensionner l’épaisseur selon performances réelles, traiter ponts thermiques et migration de vapeur (pare/freins vapeur adaptés).
- Interfaces : définir complexes ITE (pare-pluie, bardage/enduit) et fixations compatibles. Prévoir séquençage pour minimiser les nuisances en site occupé.
3) Travaux
- Qualité d’exécution : contrôle de l’humidité des panneaux, stockage protégé, traçabilité des lots (origine paille, densité, dimensions), gestes de coupe et gestion des chutes.
- Coordination SPS : limiter poussières et bruit, organiser la logistique fine (accès, levage, flux en site occupé) et la coactivité (ITE/menuiseries/étanchéité à l’air).
- Essais et mesures : tests d’étanchéité à l’air, contrôles hygrométriques, prélèvements si requis par l’évaluation technique.
4) Réception et commissionnement
- Recueil des DOE, FDES/PEP utilisées, notices d’entretien, PV feu des systèmes et résultats de tests.
- Vérification des préconisations de maintenance des parements et protections extérieures en ITE.
5) Exploitation et Décret Tertiaire
- Suivi des consommations (OPERAT), mesure des gains thermiques et du confort d’été, planification des actions complémentaires (régulation, CVC, GTB) pour tenir la trajectoire 2030/2040/2050.
Positionnement marché et perspectives
La levée de 2026 intervient dans un contexte d’accélération des exigences RE2020 (extension à de nouveaux usages au 1er mai 2026 et ajustements réglementaires publiés en mars 2026) et de montée en puissance de la base INIES. D’autres acteurs industrialisent déjà des systèmes bois‑paille, ce qui confirme la tendance à la préfabrication et au bas carbone. Dans cet environnement, Fibraterre se différencie par un panneau 100 % paille visant une pose rapide et une empreinte carbone minimale. Pour les maîtres d’ouvrage, l’enjeu 2026–2031 est clair : dé-risquer l’assurabilité (ATEx, règles pro), sécuriser les FDES et industrialiser la mise en œuvre pour tenir les objectifs Décret Tertiaire et RE2020 au meilleur coût global.
À retenir pour vos appels d’offres
- Lot enveloppe : préciser le référentiel technique (règles paille, ATEx/Avis Technique), les performances attendues (R, feu, acoustique, perméance) et la démarche ACV (FDES/PEP exigées).
- Plan en site occupé : séquençage, accès, propreté, information des occupants, plages horaires, nuisances.
- Économie circulaire : exiger un plan de gestion des chutes et le suivi traçabilité‑origine (agriculteurs partenaires, rayon d’approvisionnement) pour valoriser l’achat responsable.
Sources
- Le Journal des Entreprises – 19/10/2026 : Fibraterre boucle un tour de table de 1,8 M€
- UTC Alumni – 04/09/2026 : communiqué de presse investisseurs
- Fusacq – 20/10/2026 : levée de fonds et usages panneaux paille
- Normandie Participations – Fibraterre (fiche investissement)
- Cerema – 03/07/2026 : projet FIB (panneaux paille) et feuille de route ATEx
- Portail RE2020 (MTES) – Décret n° 2026‑16 du 15/01/2026 (extension aux usages tertiaires spécifiques, industriels et artisanaux)
- Légifrance – Décret n° 2019‑771 du 23/07/2019 (Éco Énergie Tertiaire)
- Ministère de la Transition écologique – Éco Énergie Tertiaire (principes et OPERAT)
- Ministère de la Transition écologique – RE2020 (cadre et évolutions)
- Base INIES – données FDES/PEP (accès et mises à jour 2026)
- INIES – Baromètre 2026 (gouvernance, dynamiques de publication)
- Le Journal du BTP – 2026 : périmètre des règles pro paille en technique courante
- RFCP – Règles professionnelles et FAQ (références, FDES bottes de paille)
- Cerema – 12/2025 : objectifs de capacité Fibraterre (5 000 m² fin 2026, 10 000 m²/an)
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FAQ
La levée de fonds de Fibraterre est‑elle confirmée et à quelle date ?
Oui. Un communiqué des investisseurs du 04/09/2026 annonce un tour de 1,8 M€ mené par UTC Alumni & Side Angels avec Normandie Participations et Bpifrance. La presse le 19/10/2026 confirme le financement et son affectation à une première unité industrielle à Oissel.
Les panneaux en paille sont‑ils déjà en technique courante ?
Les bottes de paille en remplissage/support d’enduit relèvent des Règles professionnelles acceptées par la C2P (technique courante). Pour les panneaux, une évaluation technique (ATEx) est en préparation avec le Cerema pour sécuriser l’assurabilité et l’accès aux marchés courants.
Peut‑on viser un label BBC Rénovation avec des panneaux en paille ?
Oui, à condition de respecter le référentiel 2024 (BBC Rénovation résidentiel) et de disposer des FDES/PEP nécessaires au calcul ACV. L’usage de matériaux biosourcés bas carbone comme la paille aide à tenir l’ICconstruction, mais la conformité est évaluée sur l’ouvrage global.
En quoi ces panneaux aident‑ils au Décret Tertiaire ?
Ils contribuent aux actions d’efficacité sur l’enveloppe (réduction des déperditions), donc à la baisse des consommations finales. Couplés à des actions de régulation et CVC, ils facilitent l’atteinte des paliers –40 % en 2030, –50 % en 2040, –60 % en 2050, avec suivi via OPERAT.
Quelles précautions en site occupé ?
Planifier un phasing fin (accès, coactivité, protections) ; contrôler humidité/stockage des panneaux ; coordonner interfaces ITE/menusieries/parois respirantes ; assurer la traçabilité (origine paille, densité, dimensions) et la qualité d’étanchéité à l’air.