Les vagues de chaleur de plus en plus fréquentes imposent d’intégrer le confort d’été et l’adaptation climatique dès la programmation des opérations de réhabilitation. Publié le 15 janvier 2026, le « Guide technique d’évaluation – Toitures thermo‑réfléchissantes » du CSTB apporte enfin un cadre de référence commun pour évaluer et prescrire ces solutions, souvent appelées « cool roofs ». Ce guide volontaire clarifie les familles de produits, les méthodes d’essais et les points de vigilance essentiels pour sécuriser les projets, notamment en site occupé et dans l’existant tertiaire et résidentiel collectif.

Ce que change le Guide technique CSTB 2026

Le guide du CSTB (janvier 2026) structure la filière autour de trois grandes catégories : (1) revêtements d’étanchéité thermo‑réfléchissants (membranes souples ou liquides), (2) éléments de couverture clairs (panneaux sandwich acier, tuiles/plaques), (3) peintures et revêtements spécifiques appliqués sur supports existants. Il définit les propriétés optiques clés à considérer (réflectance solaire et émissivité thermique) et renvoie à des méthodes d’essais normalisées pour caractériser les performances initiales et leur tenue dans le temps. Ce référentiel vise à « accompagner le développement en toute sécurité » de ces systèmes dans le parc bâti, sans se substituer aux règles de l’art (NF DTU, Avis Techniques/DTA) ni aux exigences réglementaires en vigueur.

Cadre réglementaire et normatif à connaître en 2026

1) Dispositif Éco‑Énergie Tertiaire (décret « tertiaire »)

Le décret n° 2019‑771 du 23 juillet 2019 impose aux bâtiments tertiaires ≥ 1 000 m² une réduction de la consommation d’énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050, par rapport à une année de référence (2010‑2019) ou via l’atteinte de valeurs absolues par usage. Les consommations et objectifs se déclarent annuellement sur la plateforme OPERAT. Les toitures thermo‑réfléchissantes n’y sont pas une obligation en tant que telle : ce sont des leviers possibles, dont l’impact se mesure par les consommations réelles.

2) Certificats d’économies d’énergie (CEE) – Fiche BAT‑EN‑112

Les revêtements réflectifs en toiture sont éligibles aux CEE via la fiche BAT‑EN‑112 (version A38‑1), sous conditions : application par un professionnel, toiture initialement dépourvue de revêtement réflectif, surface située au‑dessus d’un volume fermé et climatisé, et produit justifiant d’un indice de réflectance solaire SRI (méthode ASTM E1980‑11) > 100 à l’état neuf et > 90 après vieillissement (vieillissement naturel selon ISO 2810:2021 ou artificiel 4 000 h selon ISO 16474‑3:2021). Les montants CEE varient selon la zone et le système : par exemple, pour des locaux à PAC : H1 : 160 kWh cumac/m², H2 : 170, H3 : 270 ; dans les autres cas : H2D : 85 et H3 : 53 kWh cumac/m².

3) RE2020 (neuf, extensions/surélévations)

La RE2020 introduit un indicateur réglementaire de confort d’été, le DH (degré‑heures), avec des seuils de conformité selon l’usage/zones et la présence de climatisation. Les toitures claires/thermo‑réfléchissantes font partie des leviers passifs pour diminuer les DH, en complément de protections solaires, inertie, ventilation nocturne, etc. La RE2020 ne fixe toutefois pas de seuil national d’albédo ni de SRI pour les toitures.

4) Sécurité incendie des toitures

Les performances des toitures exposées à un feu extérieur sont régies par l’arrêté du 14 février 2003 (classements BROOF(t3), etc.). L’ajout d’un revêtement réflectif peut modifier le comportement au feu et la masse combustible mobilisable : il convient de vérifier le maintien du classement feu du complexe en place (essais/justificatifs selon NF EN 13501‑5, appréciation de laboratoire) et de rester conforme aux prescriptions applicables (ERP, IGH, IT 249 le cas échéant).

Ce que dit l’étude gouvernementale 2026 sur les peintures réfléchissantes

En application de l’article 45 de la loi n° 2023‑175 du 10 mars 2023, le Gouvernement a mandaté le CSTB pour évaluer l’impact technico‑économique des peintures réflectives en toiture des bâtiments tertiaires. Publiée en mai 2026 sur le portail RT‑RE bâtiment, cette étude conclut de façon nuancée : l’intérêt peut exister sur le confort d’été et localement sur les besoins de froid, mais la rentabilité énergétique est souvent faible voire défavorable en climat tempéré lorsque l’isolation de toiture est déjà performante et/ou quand les périodes de refroidissement restent limitées. L’étude recommande d’analyser au cas par cas la configuration (climat, usage, isolation existante, systèmes CVC, scénarios d’occupation), et de privilégier une approche combinaison de leviers (isolation, protections solaires, ventilation, végétalisation, gestion intelligente) plutôt qu’une solution unique.

Quand une toiture thermo‑réfléchissante est pertinente en réhabilitation ?

  • Volumes climatisés sous toiture‑terrasse avec faible inertie et apports solaires importants (bureaux, ERP légers, commerces), notamment en zones H2/H3.
  • Sites urbains chauds où la réduction des températures de surface de toit contribue à limiter les surchauffes locales et le vieillissement des membranes.
  • Réhabilitations rapides en site occupé où l’on cherche une action peu intrusive (sans dépose complète) et réversible, après vérification de la compatibilité support (adhérence, humidité, pentes, stagnations).

À l’inverse, l’effet peut être marginal si la toiture est déjà très bien isolée, si les locaux ne sont pas climatisés (objectif CEE non rempli) ou en climat frais où l’augmentation des besoins de chauffage en intersaison peut annuler le gain estival.

Mode d’emploi projet : de la programmation à l’exploitation

Programmation – Diagnostic initial

  • Audit de la toiture : état du support (membrane/étanchéité, éléments porteurs), sondages d’humidité, recherche de désordres, pentes et évacuations (stagnations interdites pour beaucoup de peintures), référentiels en vigueur (NF DTU 43, DTA).
  • Analyse énergétique et confort d’été : simulations (STD) et/ou mesure/capteurs pour objectiver l’impact attendu sur DH, températures opératives et consommations de froid, en intégrant scénarios d’occupation et épisodes caniculaires.
  • Contexte réglementaire : vérifier si l’opération vise des CEE BAT‑EN‑112 (volume climatisé, SRI exigés), les objectifs Décret tertiaire du site, et la compatibilité incendie (maintien du classement BROOF(t3)).
  • Risques et assurances : s’assurer que la solution est couverte (DTA/Avis, ATEx si nécessaire) et acceptable par l’assureur (décennale), conformément aux alertes publiées par la filière (AQC).

Conception – Cahier des charges

  • Critères produits : exiger les preuves SRI selon ASTM E1980‑11 et après vieillissement (ISO 2810 ou ISO 16474‑3). Définir un niveau cible compatible CEE si recherché (> 100 neuf / > 90 vieilli).
  • Compatibilité support : fiches techniques et essais d’adhérence sur membrane existante, prise en compte des dilatations, des relevés et points singuliers, et de la présence d’équipements (PV, CPA/CVC).
  • Incendie : exiger une justification BROOF(t3) du complexe après application (rapport/avis de laboratoire). Attention à la masse combustible ajoutée.
  • Exploitation et maintenance : planifier nettoyage/entretien pour limiter l’encrassement (dégradation du SRI), contrôle périodique des évacuations, retouches localisées si nécessaire.
  • Intégration urbaine : évaluer l’éblouissement potentiel (voisins, survols) et les prescriptions locales (couleurs en secteurs patrimoniaux).

Travaux – Mise en œuvre en site occupé

  • Préparation : nettoyage, décontamination biologique, reprises des désordres d’étanchéité, sécheresse du support contrôlée, primaire si requis.
  • Application : respect strict des épaisseurs/consommations, fenêtres météo (T°, hygrométrie, pluie/rosée), traitement des relevés et acrotères selon les règles de l’art.
  • Contrôles : PV d’adhérence, épaisseurs sèches (DFT), mesure ponctuelle de brillance/SRI si protocole prévu, autocontrôles photographiques des zones singulières.
  • Coactivité : sécuriser les zones sensibles (entrées, prises d’air), planifier les coupures CVC éventuelles, information des occupants.

Réception – Exploitation

  • Réception avec D.O.E., fiches produits, attestations SRI et feu, traçabilité des lots (utile pour CEE).
  • Suivi : mesurer l’effet réel (températures, kWh froid) pour piloter le plan d’actions Décret tertiaire et documenter les gains.
  • Maintenance : plan annuel d’entretien (nettoyage doux, contrôles visuels, évacuations), budgetisation des retouches et du reconditionnement à horizon de vie utile.

Points de vigilance clés

  • Pas de seuil réglementaire national de SRI définissant une « toiture fraîche » en France métropolitaine : raison de plus pour s’appuyer sur le guide CSTB 2026 et les normes d’essais.
  • CEE BAT‑EN‑112 : éligibilité limitée aux toitures sur volumes climatisés ; exiger des preuves SRI « neuf / vieilli » (ASTM/ISO) et conserver la traçabilité de lot avant l’engagement de l’opération.
  • Incendie : revalider le classement BROOF(t3) après ajout d’un revêtement ; vérifier les impacts sur l’assurance décennale.
  • Durabilité/entretien : l’encrassement et les UV dégradent le SRI ; prévoir un plan de maintenance compatible avec les garanties.
  • Approche globale : arbitrer avec isolation, protections solaires, végétalisation, PV en toiture et gestion des apports internes ; la peinture seule n’est pas une panacée, comme l’a rappelé l’étude gouvernementale 2026.

Cas d’usage et arbitrages (exemples de décision)

  • Bureaux H2/H3, toiture‑terrasse bitumineuse, locaux climatisés : solution pertinente si l’étanchéité est saine et qu’on vise un gain de froid mesurable (et CEE). À comparer avec un renforcement d’isolation si l’isolant existant est insuffisant.
  • Logements collectifs non climatisés : priorité à l’isolation de toiture, protections solaires, ventilation nocturne. Un revêtement réfléchissant peut améliorer le confort des derniers niveaux, mais le bilan chauffage peut devenir défavorable selon le climat.
  • Bâtiments contraints (ABF/couleurs, éblouissement, PV existant) : préférer des membranes claires à SRI élevé avec justificatifs feu, ou réviser la stratégie (végétalisation, brise‑soleil, pilotage).

En bref : check‑list pour maîtres d’ouvrage

  • Fixer l’objectif (confort/énergie/CEE/tertiaire) et le périmètre (surfaces au‑dessus de volumes climatisés).
  • Exiger SRI neuf > 100 et SRI vieilli > 90 (ASTM E1980‑11, ISO 2810/16474‑3) et la preuve avant engagement.
  • Vérifier la compatibilité support et le classement feu du complexe rénové (BROOF(t3)).
  • Documenter la traçabilité (lots, attestations) pour sécuriser les CEE.
  • Mesurer les gains réels (kWh froid, DH) pour piloter le Décret tertiaire.

Sources

FAQ

Qu’apporte concrètement le Guide CSTB 2026 ?

Un cadre volontaire mais structurant : familles de produits (membranes, éléments de couverture clairs, peintures), définitions des propriétés optiques (réflectance, émissivité), et références d’essais pour évaluer performances initiales et durabilité. Il aide à prescrire et réceptionner des solutions en cohérence avec les règles de l’art, les CEE et les exigences feu.

Quelles sont les conditions majeures d’éligibilité CEE BAT‑EN‑112 ?

Toiture au‑dessus d’un volume fermé et climatisé, produit avec SRI > 100 neuf et > 90 vieilli (ASTM E1980‑11, ISO 2810/16474‑3), mise en œuvre par un professionnel, toiture initialement sans revêtement réflectif et traçabilité de lot communiquée avant engagement. Les montants en kWh cumac/m² dépendent des zones climatiques et du système.

Les toitures thermo‑réfléchissantes comptent‑elles pour le Décret tertiaire ?

Oui, indirectement. Le Décret tertiaire impose une baisse de consommation réelle. Une toiture réflective peut réduire des kWh de froid et améliorer le confort, mais son intérêt dépend du site (climat, isolation existante, usage). Mesurez les gains et déclarez ensuite sur OPERAT.

Quels sont les risques techniques à surveiller ?

Compatibilité support (adhérence, humidité), stagnations d’eau, dégradation du SRI par encrassement/UV, et surtout maintien du classement feu BROOF(t3) après application. L’AQC recommande de manier ces procédés avec prudence et de sécuriser la couverture assurantielle (DTA/ATEx, décennale).

Faut‑il préférer un « cool roof » ou renforcer l’isolation ?

Ce sont des leviers complémentaires. L’étude gouvernementale 2026 rappelle que la peinture seule est rarement la solution la plus rentable en climat tempéré si la toiture est déjà isolée. Priorisez l’isolation, les protections solaires et la ventilation, puis calibrez un revêtement réflectif là où il apporte un gain démontré (et des CEE).

Vous évaluez une réhabilitation en site occupé ou une mise en conformité Décret tertiaire ? Contactez nos équipes pour un diagnostic de projet et une étude de faisabilité (énergie, confort, feu, CEE) fondée sur le guide CSTB 2026.